Effets pharmacodynamiques

Puissance anesthésique
Utilisant des fibres isolées de nerf vague et de nerf phrénique de rat, Rosenberg et Heinonen [65], avaient montré que la ropivacaïne, dès les faibles concentrations (25-50 mmol/L), produisait un bloc intense et d’installation rapide, intéressant les fibres de typeAä et C. À ces faibles concentrations, le bloc de ces fibres était plus intense avec la ropivacaïne qu’avec la bupivacaïne. Aux concentrations plus élevées (100, 150 et 200 mmol/L), le bloc des fibres A était plus important avec la bupivacaïne (+ 16 %) qu’avec la ropivacaïne, alors qu’il restait d’intensité identique pour les fibres C [9]. Ces données sont retrouvées chez l’animal entier [30, 31].
Chez l’homme, l’analyse électromyographique montre que l’étendue du bloc moteur est superposable ou dépasse de un à quatre métamères celle du bloc sensitif [91].
Latence
Comme avec les autres anesthésiques locaux, la latence varie en fonction de la concentration de la solution ainsi que de la voie d’administration. Par voie péridurale, la latence du bloc sensitif passe de 6,4 à 2,4 minutes lorsque la concentration de ropivacaïne passe de 0,5 % à 1 % [18], tandis qu’elle passe de 27 à 18 minutes pour le bloc moteur [90]. Par cette voie, le délai d’action de la ropivacaïne à 0,5 %est comparable à celui de la bupivacaïne à 0,5 % ou 0,75 % [13, 81].
Lors des blocs du plexus brachial, la ropivacaïne à 0,5 % induit un bloc sensitif en 5 minutes et un bloc chirurgical en 20 minutes [35, 36, 82]. Ces délais passent à 20 et 48 minutes avec la solution à 0,25 % [37].
Durée
La durée d’action prolongée de la ropivacaïne est due en grande partie à son effet vasoconstricteur puissant, responsable d’une diminution des flux sanguins locaux.
Par voie péridurale, la durée du bloc sensitif est dose-dépendante, passant de 268 minutes pour la dose de 100 mg à 411 minutes pour la dose de 200 mg [90]. La durée du bloc moteur est également dose-dépendante [91].
Par voie sous-arachnoïdienne, la durée et l’étendue des blocs sensitif et moteur augmentent avec la concentration et la dose injectées. Après injection de 3 mLde ropivacaïne à 0,5 %et 0,75 %, les durées des blocs sensitif et moteur passent respectivement de 268 à 358 minutes et de 178 à 268 minutes [83].
Lors de blocs du plexus brachial, à concentration identique (0,5 %), la ropivacaïne et la bupivacaïne procurent un bloc sensitif et anesthésique de durée comparable, respectivement 13 et 11 heures [36]. L’utilisation de la concentration à 0,25 % semble responsable d’un taux d’échec relativement important, alors que les durées d’analgésie (10 heures) et d’anesthésie (5 heures) sont comparables à celles des solutions plus concentrées [37].
Bloc différentiel
Quel que soit l’anesthésique local, un pKa bas et une liposolubilité élevée favorisent le bloc des fibresApar rapport aux fibres C, alors que l’inverse se vérifie lorsque le pKa est élevé et la liposolubilité faible.
Utilisant des fibres pelées de nerf vague de lapin,Wildsmith et al [88] ont montré que la ropivacaïne bloquait plus rapidement les fibres C que les fibres A et produisait un bloc fréquence-dépendant (use-dependent) puissant. Ce caractère est quant à lui corrélé avec la liposolubilité et le poids moléculaire de l’anesthésique local. Par comparaison à la bupivacaïne, la liposolubilité plus faible de la ropivacaïne intervient probablement pour retarder la pénétration des gaines de myéline et rend compte de l’existence d’un bloc différentiel particulièrement marqué aux concentrations faibles. Dans les études in vitro, la ropivacaïne paraît avoir une activité plus sélective pour les fibres responsables de la transmission de l’information nociceptive (fibres Aä et C) que pour celles qui contrôlent la transmission de l’influx moteur (fibresAâ) [48].
Ceci représenterait un avantage certain dans l’obtention d’une analgésie de qualité accompagnée d’un bloc moteur minime ou absent, si ces données étaient confirmées par la pratique clinique. En fait, la capacité de la ropivacaïne à générer un bloc différentiel n’est patente que pour les concentrations les plus faibles. À la concentration de 0,25 % par voie péridurale, la ropivacaïne et la bupivacaïne induisent une analgésie d’intensité comparable et une incidence identique de blocs moteurs [21, 51, 78]. Lors des blocs du plexus brachial, l’incidence des blocs moteurs est également comparable aux concentrations 0,25 % et 0,5 % [35, 36, 82], confirmant d’ailleurs les travaux plus anciens comme l’étude de Katz et al [41] qui montrait un bloc moteur de qualité et durée identiques après administration péridurale de solutions de ropivacaïne de concentration croissante (0,5 %, 0,75 % et 1 %).